Virginie Despentes, née en 1969 à Nancy, est l’une des voix les plus radicales et les plus reconnaissables de la littérature française contemporaine. Cher connard, roman épistolaire publié chez Grasset le 17 août 2022, marque son retour au roman cinq ans après le dernier tome de la trilogie Vernon Subutex. En 352 pages, elle installe trois personnages contemporains dans une correspondance électronique qui traverserait le confinement covid, le mouvement #MeToo, les addictions et la guerre des sexes, pour explorer, à rebours des attentes, la possibilité inattendue du dialogue et de l’amitié.
Tout débute par une attaque en règle. Oscar, écrivain trentenaire peu connu qui traîne une accusation de harcèlement sexuel, publie sur Instagram un pamphlet ciblant le physique de Rebecca, actrice quinquagénaire dont la carrière s’effrite avec l’âge. Rebecca lui répond par message, inaugurant l’échange par un cinglant « Cher connard ». Leur correspondance s’étire sur des mois, avant, pendant et après les confinements, et s’élargit à une troisième voix : celle de Zoé, ancienne attachée de presse d’Oscar et accusatrice dans l’affaire de harcèlement, qui s’exprime sur son blog militant féministe. Au fil des échanges, les positions s’assouplissent sans se dissoudre. Les trois personnages de « Cher connard », experts en polytoxicomanie et transfuges de classe que la réussite n’épate guère, démêlent ensemble les nœuds du féminisme contemporain, de la cancel culture, des Narcotiques anonymes, de la violence des réseaux sociaux et du vieillissement des femmes dans le monde du spectacle. Une amitié improbable finit par émerger, plus forte que les failles de chacun.
Despentes confie dans plusieurs entretiens que les trois personnages de Cher connard constituent des facettes de sa propre personnalité : Rebecca porte des traits de ses amies proches et d’une dimension hétéro de sa propre trajectoire ; Oscar incarne une part masculine qu’elle revendique ; Zoé représente la féministe plus radicale et butée qu’elle porte en elle. Ce mouvement intérieur entre plusieurs postures de soi constituerait, selon elle, une réponse aux livres précédents où les personnages étaient en conflit ouvert. Le choix de la forme épistolaire de « Cher connard » n’est pas anodin : il permet à chaque voix de s’exprimer sans que l’autrice ait à arbitrer, laissant le débat ouvert. Le roman « Cher connard » est présenté dès son lancement comme des Liaisons dangereuses ultra-contemporaines, comparaison que certains critiques jugeront excessive. Il s’inscrit dans une période de relative discrétion médiatique de Despentes depuis la fin de Vernon Subutex, et coïncide avec son lancement de La Légende éditions, structure éditoriale qu’elle cofonde avec la photographe Axelle Le Dauphin.
Cher connard s’impose immédiatement comme l’événement de la rentrée littéraire 2022. Il atteint la première place des ventes dès sa première semaine, avec près de 27 000 exemplaires écoulés entre le 22 et le 28 août, et dépasse les 60 000 exemplaires dans les semaines qui suivent sa sortie. Il se maintient numéro un des ventes pendant cinq semaines. Le roman est écarté de la liste du Goncourt 2022 mais la presse est massivement élogieuse : Le Monde salue un roman lumineux, Le Nouvel Obs une réconciliation après #MeToo, France Info un hymne à la sobriété et au dialogue, Madmoizelle une ode à l’amitié empreinte d’une étonnante douceur. Des voix dissidentes existent — certains lecteurs reprochent des monologues statiques et l’absence de variation stylistique entre les personnages — mais elles restent minoritaires dans le concert critique. Le roman confirme la position singulière de Despentes dans le paysage littéraire français : celle d’une autrice capable de radicalité formelle autant que politique, dont chaque parution constitue un événement culturel en soi.
Virginie Despentes, born in 1969 in Nancy, is one of the most radical and most recognisable voices in contemporary French literature. Cher connard, an epistolary novel published by Grasset on 17 August 2022, marks her return to fiction five years after the final volume of her Vernon Subutex trilogy. Across 352 pages, she places three contemporary characters in an electronic correspondence that spans the Covid lockdowns, the #MeToo movement, addiction and the war between the sexes — only to explore, against all expectation, the unlikely possibility of dialogue and friendship.
Everything begins with an all-out attack. Oscar, an obscure thirtysomething writer dragging a sexual harassment accusation, posts an Instagram rant targeting Rebecca's appearance — a fiftysomething actress whose career is fading with age. Rebecca fires back by message, opening her reply with a blunt "Cher connard" (Dear asshole). Their correspondence stretches over months, before, during and after lockdown, and expands to include a third voice: Zoé, Oscar's former press attaché and the woman who accused him of harassment, who writes on her feminist militant blog. Over the course of their exchanges, positions soften without dissolving. The three characters — seasoned polytoxicomaniacs and class defectors unimpressed by success — untangle together the knots of contemporary feminism, cancel culture, Narcotics Anonymous, the violence of social media and the ageing of women in the entertainment industry. An improbable friendship gradually takes shape, stronger than each character's individual failings.
Despentes has said in several interviews that the three characters of Cher connard represent facets of her own personality: Rebecca carries traits of her close friends and of a heterosexual dimension of her own trajectory; Oscar embodies a masculine part she acknowledges in herself; Zoé represents the more radical, more stubborn feminist she also carries within. This internal movement between several self-postures constitutes, in her view, a response to her earlier books in which characters were locked in open conflict. The choice of the epistolary form is deliberate: it allows each voice to speak without the author having to arbitrate, leaving the debate open. The novel « Cher connard » was positioned at launch as an ultra-contemporary Liaisons dangereuses, a comparison that some critics would find excessive. It coincides with a period of relative media discretion for Despentes since the end of Vernon Subutex, and with the launch of La Légende éditions, a publishing house she cofounds with photographer Axelle Le Dauphin.
Cher connard immediately established itself as the defining event of the 2022 autumn literary season. It reached number one in sales in its first week, with nearly 27,000 copies sold between 22 and 28 August, and exceeded 60,000 copies in the weeks that followed, holding the top spot for five weeks. The novel was not shortlisted for the Prix Goncourt 2022, but the press response was overwhelmingly positive: Le Monde hailed a luminous novel, Le Nouvel Obs praised a post-#MeToo reconciliation, France Info called it a hymn to sobriety and dialogue, and Madmoizelle described it as an ode to friendship infused with unexpected tenderness. Dissenting voices existed — some readers criticised static monologues and the absence of stylistic differentiation between characters — but remained a minority in the critical reception. The novel confirms Despentes's singular position in the French literary landscape: that of an author capable of formal and political radicalism alike, whose every publication constitutes a cultural event in its own right.