Un pays qui se tient sage (David Dufresne - 2020)
Un pays qui se tient sage (David Dufresne - 2020)

Sorti en 2020, Un pays qui se tient sage est le premier long métrage documentaire du journaliste et écrivain David Dufresne, connu pour son recensement des violences policières via le compte Twitter Allô @Place_Beauvau. Construit à partir d’images amateurs tournées entre novembre 2018 et février 2020 pendant le mouvement des Gilets jaunes, Un pays qui se tient sage interroge la légitimité de l’usage de la violence par l’État et la doctrine française du maintien de l’ordre, en confrontant citoyens, victimes, policiers et universitaires face à ces images.

Le documentaire alterne des vidéos filmées au smartphone ou à la GoPro, montrant des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre lors des mouvements sociaux de 2018-2019, et des commentaires apportés par un panel de citoyens rassemblés en salle de projection. Parmi les intervenants figurent l’écrivain Alain Damasio, qui ouvre Un pays qui se tient sage en lisant la définition wébérienne de l’État comme détenteur du monopole de la violence légitime, le sociologue Fabien Jobard, la juriste Monique Chemillier-Gendreau, l’historienne Mathilde Larrère, ainsi que des policiers, avocats et personnes de milieux professionnels variés. Le titre renvoie à la scène des lycéens de Mantes-la-Jolie maintenus à genoux en décembre 2018, qu’un policier qualifiait alors de « classe qui se tient sage ». Sans voix off ni parti pris affiché dans le montage des témoignages, le film cherche à faire dialoguer le choc des images et la réflexion collective sur la démocratie, la police et la répression des mouvements sociaux.

Un pays qui se tient sage trouve son origine dans le travail de recensement mené par David Dufresne depuis fin 2018, prolongé par son roman Dernière sommation (Grasset, 2019). Le compte Allô @Place_Beauvau, pour lequel il reçoit le Grand Prix du journalisme en 2019, lui permet de collecter, authentifier et archiver des centaines de vidéos de violences policières, en retrouvant la trace de la quasi-totalité de leurs auteurs pour les créditer et les rémunérer. Le film est produit par Le Bureau, coproduit par Jour2Fête, avec la participation de la Région Île-de-France et de l’Open Society Foundations. À la fin du documentaire, l’équipe précise que plusieurs responsables sollicités – dont le procureur de Paris Rémy Heitz, le directeur général de la police nationale Éric Morvan et la cheffe de l’IGPN Brigitte Jullien – n’ont pas donné suite aux demandes d’interview, une absence relevée par certains critiques comme l’angle mort de Un pays qui se tient sage.

Un pays qui se tient sage bénéficie du soutien de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2020 et sort en salles le 30 septembre 2020, distribué par Jour2Fête. Il obtient en 2022 le Lumière du meilleur documentaire lors de la 26e cérémonie des Lumières, ainsi que le Grand Prix et le prix de la presse internationale au MyFrenchFilmFestival. Le film est classé parmi les meilleurs longs métrages de l’année par plusieurs médias, dont Libération et Télérama, et désigné meilleur film 2020 tous genres confondus par Technikart. L’accueil critique souligne la force du dispositif et la qualité des échanges entre intervenants, tandis que certains observateurs, dont David Dufresne lui-même en tant que co-fondateur de Mediapart et chroniqueur à Libération, notent des critiques plus véhémentes émanant d’une partie de la presse jugée hostile à son engagement affiché à gauche.

Released in 2020, Un pays qui se tient sage is the first feature-length documentary by journalist and writer David Dufresne, known for his tracking of police violence through the Twitter account Allô @Place_Beauvau. Built from amateur footage shot between November 2018 and February 2020 during the Yellow Vests movement, Un pays qui se tient sage questions the legitimacy of the state’s use of violence and France’s crowd-control doctrine, confronting citizens, victims, police officers and academics with this footage.

The documentary alternates videos filmed on smartphones or GoPro cameras, showing clashes between protesters and law enforcement during the 2018-2019 social movements, with commentary from a panel of citizens gathered in a screening room. Among the participants are writer Alain Damasio, who opens Un pays qui se tient sage by reading Max Weber’s definition of the state as holder of the monopoly on legitimate violence, sociologist Fabien Jobard, legal scholar Monique Chemillier-Gendreau, historian Mathilde Larrère, as well as police officers, lawyers and people from various walks of life. The title refers to the scene of high-school students in Mantes-la-Jolie forced to kneel in December 2018, described by a police officer at the time as a « class that behaves itself. » With no voice-over and no visible bias in the editing of the testimonies, the film seeks to bring the shock of the images into dialogue with collective reflection on democracy, policing and the repression of social movements.

Un pays qui se tient sage originates in the tracking work David Dufresne carried out from late 2018 onward, extended by his novel Dernière sommation (Grasset, 2019). The Allô @Place_Beauvau account, for which he received the Grand Prix du journalisme in 2019, allowed him to collect, authenticate and archive hundreds of videos of police violence, tracing almost all of their authors to credit and pay them. The film is produced by Le Bureau, co-produced by Jour2Fête, with support from the Île-de-France Region and the Open Society Foundations. At the end of the documentary, the team lists several officials who were invited but did not respond – including Paris public prosecutor Rémy Heitz, national police director-general Éric Morvan, and IGPN head Brigitte Jullien – an absence some critics have pointed to as the film’s blind spot.

Un pays qui se tient sage was supported by the Directors’ Fortnight at Cannes in 2020 and released in French theaters on September 30, 2020, distributed by Jour2Fête. In 2022 it won the Lumière Award for Best Documentary at the 26th Lumière ceremony, as well as the Grand Prix and the International Press Award at MyFrenchFilmFestival. The film was ranked among the best films of the year by several outlets, including Libération and Télérama, and named best film of 2020 across all genres by Technikart. Critical reception praised the strength of the format and the quality of the exchanges between participants, while some observers noted more hostile criticism from part of the press seen as opposed to Dufresne’s openly left-leaning engagement, given his roles as co-founder of Mediapart and columnist for Libération.