Brazil (Terry Gilliam - 1985)
Brazil (Terry Gilliam - 1985)

Sam Lowry, modeste employé du Ministère de l’Information, mène une existence sans relief, qu’il fuit régulièrement par un rêve récurrent où il devient un chevalier ailé volant au secours d’une femme mystérieuse. Le film suit Sam alors qu’il tente de retrouver une femme apparue dans ses rêves tout en travaillant à un poste abrutissant et en vivant dans un petit appartement, dans un monde dystopique marqué par une dépendance excessive à des machines mal entretenues et plutôt fantasques. Une erreur administrative ayant conduit à l’arrestation injustifiée puis à la mort d’un homme innocent, à la place du terroriste recherché Harry Tuttle, pousse Sam à enquêter, jusqu’à croiser la femme de son rêve et se retrouver pris dans un engrenage de quiproquos, de bureaucratie absurde et de mensonges. La satire que livre Brazil de la technocratie, de la bureaucratie, de l’hyper-surveillance et de l’étatisme rappelle 1984 de George Orwell, et le film a souvent été qualifié de kafkaïen et d’absurde. Sans dévoiler le dénouement, l’œuvre construit une tension constante entre l’évasion intérieure de son héros et l’oppression d’un système tentaculaire.

Gilliam a développé l’histoire et écrit une première version du scénario avec Charles Alverson, avant que le script ne soit retravaillé puis officiellement co-écrit avec Charles McKeown et Tom Stoppard. Le réalisateur souhaitait livrer une œuvre personnelle, nourrie de son expérience de la bureaucratie britannique et de son admiration pour l’esthétique rétro-futuriste. La direction artistique du film, remarquable malgré un budget restreint, doit beaucoup à la photographie de Roger Pratt, fidèle collaborateur de Gilliam, qui a recours à un éclairage d’inspiration expressionniste allemande et à de larges angles de prise de vue. Le casting réunit une distribution aujourd’hui considérée comme prestigieuse, rassemblant de nombreux acteurs de caractère britanniques alors peu connus du grand public, dont Ian Holm, Bob Hoskins, Jim Broadbent ou Ian Richardson. Le rôle de Harry Tuttle, initialement convoité par Robert De Niro pour un autre personnage, lui revient finalement, ce choix s’avérant payant pour la dynamique du récit. Cette genèse tourmentée, mêlant ambitions artistiques et contraintes de production, est restée l’un des aspects les plus commentés du film.

À sa sortie, Brazil divise la presse mais s’impose rapidement comme une œuvre marquante. Janet Maslin, dans le New York Times, salue une vision spirituelle et acérée d’un futur sombre, démontrant la capacité de la comédie à porter des idées sérieuses. Roger Ebert se montre plus réservé, jugeant le film difficile à suivre, tout en reconnaissant que certaines scènes témoignent d’une grande inventivité. Le film connaît un parcours de diffusion houleux aux États-Unis : Gilliam organise des projections privées non autorisées par le studio pour des écoles de cinéma et des critiques locaux, et le film remporte les prix du meilleur film, du meilleur scénario et de la meilleure réalisation décernés par la Los Angeles Film Critics Association, ce qui contraint Universal à accepter la sortie d’une version de 132 minutes supervisée par Gilliam. Le film ne rapporte initialement que 6,5 millions de dollars aux États-Unis, mais devient avec le temps un classique culte. Sur Rotten Tomatoes, 98 % des critiques recensées sont positives, pour une note moyenne de 8,8/10, et le site salue une fantaisie orwellienne visionnaire et une comédie noire audacieuse aux visuels singuliers. Brazil est aujourd’hui considéré comme l’une des œuvres les plus marquantes de la filmographie de Terry Gilliam et comme une référence majeure de la science-fiction satirique.

Sam Lowry, a modest employee of the Ministry of Information, leads an unremarkable life that he regularly escapes through a recurring daydream in which he becomes a winged hero rescuing a mysterious woman. The film follows Sam as he tries to find a woman who appears in his dreams while working a mind-numbing job and living in a small apartment, set in a dystopian world with an over-reliance on poorly maintained and rather whimsical machines. An administrative error leading to the wrongful arrest and eventual death of an innocent man, instead of the wanted terrorist Harry Tuttle, pushes Sam into an investigation that leads him to meet the woman from his dream, drawing him into a web of mistaken identities, mindless bureaucracy and lies. Brazil's satire of technocracy, bureaucracy, hyper-surveillance and state capitalism recalls George Orwell's 1984, and the film has often been described as Kafkaesque and absurdist. Without revealing the ending, the film builds a constant tension between its hero's inner escape and the oppression of a sprawling system.

Gilliam developed the story and wrote a first draft of the screenplay with Charles Alverson, before the script was reworked and officially co-written with Charles McKeown and Tom Stoppard. The director wanted to deliver a personal work, drawing on his experience of British bureaucracy and his fondness for retro-futuristic aesthetics. The film's production design, remarkable despite a limited budget, owes much to the cinematography of Roger Pratt, a regular collaborator of Gilliam's, who used German Expressionist-inspired lighting and wide-angle lenses. The cast brought together what is now seen as a star-studded ensemble of British character actors who were largely unknown at the time, including Ian Holm, Bob Hoskins, Jim Broadbent and Ian Richardson. The role of Harry Tuttle, initially sought by Robert De Niro for a different part, ultimately went to him instead, a casting choice that proved highly effective for the narrative. This turbulent production history, blending artistic ambition with practical constraints, remains one of the most discussed aspects of the film.

On release, Brazil divided critics but quickly established itself as a landmark work. Janet Maslin of the New York Times praised it as a witty, sharply observed vision of a bleak future, demonstrating comedy's power to underscore serious ideas. Roger Ebert was more reserved, finding the film hard to follow, while acknowledging that several scenes showed considerable imagination. The film's American release was famously contentious: Gilliam held private, studio-unauthorized screenings for film schools and local critics, and the film won Best Picture, Best Screenplay and Best Director from the Los Angeles Film Critics Association, prompting Universal to finally agree to release a 132-minute cut supervised by Gilliam. The film grossed only $6.5 million in its initial U.S. release but went on to become a cult classic. On Rotten Tomatoes, 98% of reviews are positive, with an average rating of 8.8/10, the site's consensus describing it as a visionary Orwellian fantasy and an audacious dark comedy filled with strange, imaginative visuals. Brazil is now regarded as one of the defining works of Terry Gilliam's filmography and a major reference point for satirical science fiction.