Sorti en France le 30 juin 2010, La Disparition d’Alice Creed (The Disappearance of Alice Creed en version originale) est un thriller britannique réalisé par J Blakeson, qui signe ici son premier long-métrage. Ce huis clos étouffant ne compte que trois personnages et se déroule quasi intégralement dans un appartement confiné, explorant avec une tension croissante le kidnapping d’une jeune femme issue d’une famille fortunée. Portée par Gemma Arterton dans le rôle-titre, aux côtés d’Eddie Marsan et Martin Compston, cette production indépendante à petit budget mise sur l’efficacité narrative et la claustrophobie psychologique plutôt que sur les effets spectaculaires.
Tourné en quatre semaines sur l’île de Man, le film multiplie les retournements de situation et les trahisons, rappelant par son minimalisme et son intensité les meilleurs thrillers hitchcockiens. Acclamé lors de sa présentation au Festival international du film de Toronto en 2009 et comparé par la critique à Reservoir Dogs pour son traitement intelligent d’une prise d’otage, La Disparition d’Alice Creed s’impose comme un thriller nerveux et imprévisible qui ne laisse aucun répit au spectateur.
Résumé
La Disparition d’Alice Creed débute par une séquence sans dialogue montrant deux hommes, Vic et Danny, préparant minutieusement un enlèvement. Ils volent une camionnette, aménagent un appartement en transformant une chambre en cellule insonorisée, équipée d’un lit, de menottes et de barreaux aux fenêtres. Une fois leur piège prêt, ils kidnappent en pleine rue Alice Creed, fille unique d’un riche homme d’affaires, et l’emmènent dans leur planque. Cagoulés et vêtus de combinaisons, les deux ravisseurs déshabillent leur victime, la menottent au lit et la bâillonnent avec une boule en caoutchouc. Ils la photographient nue pour envoyer les clichés à son père et exiger une rançon de deux millions de livres sterling.
Les deux hommes refusent systématiquement de la libérer de ses entraves, même pour les besoins les plus élémentaires, ajoutant à l’humiliation et à la terreur psychologique. Vic, le plus âgé et autoritaire, moque régulièrement Danny pour son manque de sang-froid face à la situation. Lorsque Vic s’absente pour passer un appel au père d’Alice, Danny reste seul avec la prisonnière. Alice parvient à le convaincre de la détacher momentanément, puis s’empare de son pistolet et tire un coup de feu d’avertissement. Pour sauver sa vie, Danny retire sa cagoule et révèle qu’il est son ancien petit ami. Il explique avoir rencontré Vic en prison et avoir choisi Alice comme cible précisément parce qu’elle connaissait sa situation financière.
Danny assure qu’il prévoit de doubler Vic après avoir récupéré la rançon et propose à Alice de fuir ensemble avec l’argent pour commencer une nouvelle vie. Au retour imminent de Vic, Alice accepte de jouer le jeu et se laisse rattacher. Dans la précipitation, Danny tente de faire disparaître la douille de la balle tirée en la jetant dans les toilettes, mais l’objet refuse de partir. Contraint par les coups insistants de Vic à la porte, Danny avale la douille pour la faire disparaître. Plus tard, lorsque les deux hommes se retrouvent seuls, ils s’embrassent passionnément, révélant au spectateur qu’ils étaient amants en prison et que leur relation se poursuit.
Profitant d’une nouvelle absence de Vic, Alice séduit Danny et couche avec lui, puis le menotte au lit dans l’intention de s’échapper. Mais elle découvre que la porte d’entrée est verrouillée de l’extérieur. Trouvant un téléphone portable, elle compose le 999 mais ne parvient pas à indiquer sa localisation à l’opérateur. Elle menace Danny avec son propre pistolet pour obtenir les clés, mais celui-ci profite de sa proximité pour l’assommer lorsqu’elle tente de les récupérer dans sa poche. Au retour de Vic, celui-ci découvre le téléphone portable et l’appel d’urgence, ainsi que l’impact de balle dans le mur. Il retire le bâillon d’Alice et la menace.
Désespérée, Alice hurle pour appeler Danny puis révèle à Vic que son complice projette de le trahir. Vic, choqué par cette révélation, ne laisse rien paraître lorsque Danny revient. Les deux hommes injectent un sédatif à Alice et la transportent dans un entrepôt désaffecté à la campagne, où ils l’enchaînent dans une arrière-salle. Vic demande alors les clés à Danny et l’emmène en forêt, prétendument pour récupérer la rançon. Sur place, il confronte son complice et menace de tuer Danny et Alice, révélant que le trou qu’ils ont creusé pour cacher l’argent servira désormais de tombe à Danny. Ce dernier s’enfuit et Vic lui tire dessus, le blessant grièvement, mais Danny parvient à se cacher.
Vic récupère seul la rançon et retourne à l’entrepôt pour éliminer Alice. Alors qu’il s’apprête à lui injecter une nouvelle dose de sédatif, Danny surgit et s’empare du pistolet de Vic. Durant la confrontation armée qui s’ensuit, Alice découvre horrifiée la véritable nature de la relation entre ses deux ravisseurs. Danny tire à bout portant sur Vic et, sous les yeux terrifiés d’Alice, abandonne la jeune femme enchaînée dans l’obscurité aux côtés de l’homme agonisant.
Cependant, Vic trouve la force de lancer les clés à Alice avant de mourir. Elle se libère et titube hors de l’entrepôt. À l’extérieur, elle découvre une voiture garée non loin avec la rançon sur le siège passager et Danny mort au volant. Alice s’empare du véhicule et de l’argent et disparaît dans la nuit, seule survivante de ce kidnapping qui aura tourné au cauchemar pour tous ses protagonistes.
Fiche technique
- Réalisation : J Blakeson
- Scénario : J Blakeson
- Genre : Thriller, Huis-clos
- Pays d’origine : Royaume-Uni
- Langue : Anglais
- Durée : 100 minutes
- Date de sortie : 30 juin 2010
Casting
- Gemma Arterton : Alice Creed, la jeune femme kidnappée et fille unique d’un riche homme d’affaires. Arterton a abordé ce rôle comme un défi personnel, son personnage évoluant d’une victime terrifiée et impuissante à une survivante combative qui utilise son intelligence et sa détermination pour tenter de reprendre le contrôle de la situation.
- Eddie Marsan : Vic, le ravisseur le plus âgé et expérimenté du duo criminel. Ancien détenu méthodique et froid, Vic est celui qui a planifié minutieusement l’enlèvement et qui maintient une autorité intimidante sur Danny. Marsan, connu pour ses rôles dans Sherlock Holmes et Vera Drake, apporte à ce personnage une dimension menaçante et imprévisible, incarnant un homme capable de violence extrême pour protéger ses intérêts.
- Martin Compston : Danny, le complice plus jeune et moins assuré de Vic. Ancien footballeur professionnel reconverti en acteur et révélé par Sweet Sixteen de Ken Loach, Compston donne vie à un personnage manipulateur et opportuniste, tiraillé entre ses loyautés contradictoires envers Vic, son ancien amant de prison, et Alice Creed, son ancienne petite amie. Danny incarne l’ambiguïté morale du film, cherchant constamment à tirer profit de chaque situation sans réellement se soucier des conséquences pour autrui.
Autour du film
La Disparition d’Alice Creed est né de la volonté de J Blakeson de réaliser un premier long-métrage avec des moyens limités, en misant sur l’efficacité du scénario et la puissance des interprétations plutôt que sur un budget conséquent. Le réalisateur a longtemps cherché un financement avant qu’une société de production n’accepte de soutenir le projet, avec l’aide précieuse de l’île de Man qui a offert des facilités de tournage. Cette contrainte budgétaire est devenue une force créative : en limitant le film à trois personnages et deux décors principaux (l’appartement et l’entrepôt), Blakeson a créé une atmosphère claustrophobique et oppressante qui sert parfaitement la tension narrative.
Le tournage s’est déroulé en quatre semaines seulement, avec une particularité remarquable : les scènes ont été filmées dans l’ordre chronologique du récit, permettant aux acteurs de vivre véritablement la progression psychologique de leurs personnages. Gemma Arterton a même insisté pour rester menottée au lit entre les prises lorsqu’elle ne tournait pas, afin de mieux ressentir la détresse physique et mentale de son personnage. Elle a plaisanté plus tard en disant que l’équipe utilisait également le bâillon pour l’empêcher de bavarder sur le plateau.
La force de La Disparition d’Alice Creed réside dans son minimalisme assumé et sa construction scénaristique rigoureuse. Le film s’ouvre sur une séquence muette d’environ dix minutes montrant la préparation méticulous du kidnapping, sans aucun dialogue ni musique, créant immédiatement une atmosphère de tension documentaire. Cette économie de moyens témoigne du talent de Blakeson pour générer du suspense sans artifices. La direction de la photographie de Philipp Blaubach privilégie des cadrages serrés et une lumière crue qui accentuent le malaise et l’enfermement.
Malgré le fait que 75% du film se déroule dans un appartement de deux pièces, le réalisateur parvient à varier suffisamment les angles de caméra et les compositions pour éviter toute monotonie visuelle. Cette approche théâtrale a valu au film d’être comparé aux œuvres de dramaturges britanniques comme Harold Pinter et Anthony Shaffer, certains critiques s’étonnant même que le scénario n’ait pas d’abord été conçu pour la scène tant sa structure rappelle les grands huis clos du théâtre des années 1960 et 1970.
La Disparition d’Alice Creed a bénéficié d’un accueil critique très favorable lors de sa présentation dans les festivals internationaux. Au Festival international du film de Toronto (TIFF) en 2009, Cameron Bailey, co-directeur du festival, a salué le style de réalisation de J Blakeson en déclarant que « depuis Reservoir Dogs, aucune prise d’otage n’a été traitée avec autant d’intelligence ». Cette comparaison au film culte de Quentin Tarantino a considérablement renforcé la visibilité du film. Peter Bradshaw du Guardian a commenté les nombreux rebondissements en affirmant : « Il y a des retournements et des contre-retournements, des trahisons et des doubles trahisons, et à chaque révélation narrative vient un feu d’artifice de grand jeu d’acteur ».
Sur Rotten Tomatoes, Alice Creed obtient un taux d’approbation de 81% basé sur 100 critiques, tandis que Metacritic lui attribue une note de 65/100, indiquant des « critiques généralement favorables ». Le film a reçu de nombreuses notes de quatre étoiles dans la presse britannique et a été nominé pour le Raindance Award aux British Independent Film Awards 2009. Les critiques ont particulièrement salué les trois performances centrales, Eddie Marsan étant régulièrement cité comme « électrisant » et Gemma Arterton pour sa capacité à incarner la terreur puis la détermination avec une intensité rare.
Le succès critique de La Disparition d’Alice Creed a inspiré plusieurs remakes à travers le monde, témoignant de l’universalité et de l’efficacité de son concept. En 2014, le remake néerlandais Bloedlink (titre international Reckless), réalisé par Joram Lürsen, a été choisi comme film d’ouverture du Netherlands Film Festival. Cette version suit de très près la structure et l’intrigue du film original britannique. En 2018, le thriller criminel indien Echcharikkai, produit par Sundar Annamalai, s’est également inspiré de l’œuvre de Blakeson en l’adaptant au contexte du cinéma tamoul.
En 2019, Netflix a diffusé Kidnapping Stella, un remake allemand réalisé par Thomas Sieben qui transpose l’histoire avec Jella Haase dans le rôle de Stella (équivalent d’Alice), kidnappée par Vic (Clemens Schick) et Tom (Max von der Groeben, équivalent de Danny). Cette multiplication des adaptations dans différentes langues et cultures confirme la portée internationale d’un scénario dont la force repose sur des dynamiques humaines universelles : la trahison, la manipulation, la survie et l’ambiguïté morale.
FAQ
- Où peut-on voir La Disparition d’Alice Creed en France ? La Disparition d’Alice Creed est disponible en vidéo à la demande sur plusieurs plateformes de streaming, notamment Amazon Prime Video (en location ou à l’achat), ainsi que sur d’autres services de VOD français. Le film est sorti en DVD au Royaume-Uni le 4 octobre 2010 et reste accessible en format physique d’occasion. Pour les amateurs de cinéma indépendant britannique, certaines plateformes spécialisées proposent également le film dans leur catalogue. Il convient de vérifier la disponibilité actuelle sur les principales plateformes françaises (Canal VOD, Orange, Free) car l’offre peut varier selon les périodes et les accords de distribution.
- Le film est-il adapté à tous les publics ? Non, La Disparition d’Alice Creed est un film réservé à un public adulte et averti. Le film a reçu une classification R aux États-Unis (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés) pour violence et éléments thématiques intenses. Le film contient plusieurs scènes potentiellement choquantes ou dérangeantes : une séquence prolongée où Alice est déshabillée de force et photographiée nue (filmée de manière non-voyeuriste mais très réaliste), des scènes de violence physique et psychologique, des tensions sexuelles explicites, ainsi que des thématiques sombres incluant kidnapping, humiliation, trahison et meurtre. L’atmosphère claustrophobique et l’intensité psychologique constante peuvent également être éprouvantes pour certains spectateurs. Le film n’est définitivement pas recommandé aux enfants ni aux adolescents sensibles.
- Quelle est la signification du titre « La Disparition d’Alice Creed » ? Le titre possède une double signification qui ne se révèle pleinement qu’à la fin du film. La première signification, évidente dès le départ, fait référence au kidnapping d’Alice Creed par Vic et Danny. Mais la seconde signification, plus subtile, apparaît dans la scène finale : Alice disparaît effectivement aux yeux du monde en laissant croire qu’elle est morte, alors qu’elle s’enfuit avec la rançon pour commencer une nouvelle vie sous une nouvelle identité. Cette ambiguïté reflète l’un des thèmes centraux du film : les apparences sont trompeuses, et ce qui semble être une simple histoire de kidnapping se révèle être un jeu complexe de manipulations, de trahisons et de survie où chaque personnage cache ses véritables motivations. Le titre annonce ainsi dès le début que la « disparition » d’Alice ne sera pas celle qu’on attend.