Premier long-métrage de Robert Eggers, The Witch est un film de folk horror américano-canadien sorti en France le 15 juin 2016. Stylisé The VVitch: A New-England Folktale, le film plonge le spectateur dans la Nouvelle-Angleterre puritaine de 1630, au sein d’une famille de colons bannis de leur communauté religieuse et contraints de s’installer à l’orée d’une forêt menaçante.
Lorsque des événements inexplicables commencent à frapper le foyer — disparitions, comportements étranges, récoltes ravagées —, la peur, la culpabilité et la ferveur religieuse font lentement imploser les liens familiaux. Porté par la révélation Anya Taylor-Joy dans son tout premier rôle au cinéma, The Witch interroge les thématiques de la foi, de la paranoïa et de l’oppression des femmes dans une société puritaine, avec une rigueur historique et atmosphérique rare dans le genre.
Résumé
Nouvelle-Angleterre, 1630. William, un colon puritain, est expulsé de sa communauté après avoir publiquement remis en cause l’autorité de son église. Avec sa femme Katherine et leurs cinq enfants, il s’établit en lisière d’une forêt dense et sauvage, loin de toute civilisation. La famille défriche un lopin de terre et tente de mener une existence pieuse, mais l’isolement pèse rapidement sur les esprits.
Le basculement survient lorsque Thomasin, la fille aînée, fait disparaître le nourrisson Samuel sous sa garde lors d’un jeu innocent. L’enfant s’évanouit en quelques secondes, sans explication. Dès lors, les malheurs s’accumulent : les récoltes échouent, les animaux du foyer adoptent des comportements inquiétants, et Caleb, le fils aîné, disparaît à son tour en s’aventurant dans les bois. Il réapparaît dans un état de délire mystérieux avant de mourir dans des circonstances troublantes.
La tension au sein de la famille devient insupportable. Les jumeaux Mercy et Jonas, qui semblent entretenir une relation étrange avec Black Phillip, le bouc de la ferme, accusent ouvertement leur sœur Thomasin de sorcellerie. Katherine, dévastée par la perte de ses enfants, se retourne elle aussi contre sa fille aînée. William, tiraillé entre sa foi et sa loyauté envers Thomasin, peine à contenir la paranoïa collective.
The Witch construit ainsi, dans le registre du folk horror, une descente progressive dans la peur et la désintégration familiale, où les thématiques de la culpabilité religieuse, de la méfiance envers les femmes et de l’hystérie collective se nouent étroitement. Le film laisse délibérément ouverte la question de savoir ce qui relève du surnaturel réel ou de la projection d’esprits rongés par la foi et l’isolement.
Fiche technique
- Réalisation : Robert Eggers
- Scénario : Robert Eggers
- Genre : Folk horror, épouvante
- Pays d’origine : États-Unis, Canada, Royaume-Uni
- Langue : Anglais du XVIIe siècle (Early Modern English)
- Durée : 92 minutes
- Date de sortie : 15 juin 2016
Casting
- Anya Taylor-Joy : Thomasin dans The Witch, la fille aînée de la famille, progressivement désignée comme sorcière par les siens. Il s’agit de son tout premier rôle au cinéma.
- Ralph Ineson : William, le patriarche puritain, homme de foi inflexible dont les convictions religieuses accélèrent la désintégration familiale.
- Kate Dickie : Katherine, la mère, dont le deuil et la ferveur religieuse se transforment peu à peu en une méfiance destructrice envers sa propre fille.
- Harvey Scrimshaw : Caleb, le fils aîné, personnage central d’une des séquences les plus marquantes du film.
- Ellie Grainger et Lucas Dawson : Mercy et Jonas, les jumeaux de la famille, dont le comportement énigmatique autour du bouc Black Phillip alimente la tension dramatique.
Autour du film
Robert Eggers a consacré près de quatre ans à l’écriture de The Witch, en s’appuyant sur des journaux intimes, des actes de procès et des textes religieux puritains du XVIIe siècle. Une partie des dialogues du film est directement tirée de ces documents d’époque, ce qui confère à l’ensemble une authenticité linguistique inhabituelle. Le titre lui-même, stylisé « VVitch » avec deux V, est emprunté à un pamphlet jacobéen sur la sorcellerie que le réalisateur avait découvert au cours de ses recherches.
Le film a été tourné en Ontario, au Canada, dans les régions de Kiosk et Mattawa, en seulement 25 jours. Eggers a exigé que les décors de la ferme familiale soient construits avec des outils et des matériaux d’époque. Pour la photographie, le directeur Jarin Blaschke a travaillé exclusivement à la lumière naturelle et à la bougie, donnant au film sa texture visuelle sombre et granuleuse. Le réalisateur a également refusé tout instrument électronique pour la bande originale, composée par Mark Korven, orientée vers la dissonance et le minimalisme.
The Witch est à la fois le premier long-métrage de Robert Eggers et le tout premier rôle au cinéma d’Anya Taylor-Joy, qui a décroché le rôle de Thomasin lors de sa toute première audition professionnelle. Le film a été présenté au Festival de Sundance en janvier 2015, où Eggers a remporté le Prix de la mise en scène. Il a ensuite été distribué par A24 aux États-Unis, label devenu depuis une référence du cinéma indépendant américain.
À sa sortie, The Witch a obtenu 91 % d’avis positifs sur Rotten Tomatoes et un score de 84 sur Metacritic, signe d’un accueil quasi unanime de la presse spécialisée. Le film a remporté le prix du Meilleur premier film aux Independent Spirit Awards. En France, les Inrockuptibles ont salué « l’un des meilleurs films d’horreur vu depuis des lustres ». Réalisé pour 4 millions de dollars, il en a rapporté plus de 40 millions dans le monde.
FAQ
- The Witch est-il inspiré d’une histoire vraie ? The Witch ne s’appuie pas sur un fait divers précis, mais son scénario est nourri de sources historiques réelles : journaux, actes de procès et écrits puritains du XVIIe siècle. Une partie des dialogues en est directement tirée. Le film se déroule 62 ans avant les célèbres procès de Salem (1692) et s’inscrit dans le contexte documenté des premières accusations de sorcellerie en Nouvelle-Angleterre coloniale.
- The Witch : à partir de quel âge ? En France, The Witch est classé interdit aux moins de 12 ans. Le film ne contient pas de violence graphique excessive, mais son atmosphère oppressante, ses thématiques de mort infantile et sa tension psychologique soutenue le déconseillent à un jeune public. Il s’adresse avant tout à un spectateur averti, sensible au cinéma de genre atmosphérique.
- Quelle est la signification de la fin de The Witch ? Sans dévoiler tous les détails, la fin du film offre une résolution ambiguë qui peut se lire comme une libération ou une damnation, selon la grille d’interprétation adoptée. Eggers a conçu ce dénouement pour rester fidèle à la logique interne du conte populaire tout en laissant ouverte la question de la réalité du surnaturel — ou de sa construction par la terreur religieuse et l’hystérie collective.
