Les Jolies Choses est le troisième roman de Virginie Despentes, née Virginie Daget le 13 juin 1969 à Nancy, publié en 1998 aux éditions Grasset, puis réédité au Livre de Poche. Après Baise-moi (1994) et Les Chiennes savantes (1995), ce roman marque une étape décisive dans la trajectoire de l’auteure : plus construit formellement que ses deux premiers textes, il ancre son écriture dans le monde de l’industrie musicale parisienne pour dresser un portrait féroce du star-system, de la féminité injonctive et du prix de l’ambition. Récompensé par le prix de Flore 1998 et le prix Saint-Valentin 1999, Les Jolies Choses s’impose comme l’œuvre qui consacre Despentes comme l’une des voix les plus singulières de la littérature française contemporaine.
Pauline et Claudine sont jumelles, mais tout les sépare. Claudine est une pin-up ambitieuse, prête à tous les compromis pour percer dans la musique — séduire, mentir, se plier aux exigences de l’industrie. Pauline, elle, est rebelle, renfermée, douée : elle compose et chante, mais refuse les codes du milieu. Claudine, incapable de chanter, convainc sa sœur de lui servir de voix en secret, entrevoyant une célébrité qui lui semble à portée. Puis Claudine se donne la mort. Pauline, dévastée, décide alors d’endosser l’identité de sa sœur — de devenir Claudine, de prendre sa place dans ce monde de faux-semblants qu’elle méprisait. Le roman suit cette usurpation d’identité et la lente désintégration de Pauline dans un milieu où le corps féminin est marchandise, où l’authenticité est un obstacle et où la violence des rapports humains s’exerce sous couvert de séduction et de business.
Despentes a expliqué l’origine du titre dans King Kong Théorie (2006) : un critique de Baise-moi avait cité Jean Renoir en disant que les films devraient être faits par de jolies femmes montrant de jolies choses — formule que l’auteure retourne ironiquement comme titre de roman. Les Jolies Choses s’écrit dans un contexte biographique dense : Despentes a vécu une adolescence marquée par un internement psychiatrique à quinze ans, puis fréquenté le milieu punk, traversé l’alcoolisme et la prostitution occasionnelle, avant de trouver dans l’écriture un espace d’élaboration de cette expérience. Son amitié avec Ann Scott, avec qui elle a brièvement cohabité à la même période, nourrit une sensibilité commune pour les milieux underground féminins. Stylistiquement, le roman assume une écriture à la limite de l’oralité — phrases courtes, argot, rythme rap — qui fait de la langue elle-même un acte politique, une rupture avec la littérature française bourgeoise dont Les Inrockuptibles, comparant Despentes à Irvine Welsh, prend acte dès la parution.
Les Jolies Choses reçoit le prix de Flore 1998 et le prix Saint-Valentin 1999, consolidant la réputation de Despentes auprès d’un lectorat qui dépasse largement le public de Baise-moi. La presse salue unanimement une prose gonflée à la rage, selon la formule de Marie-Laure Delorme dans Le Journal du dimanche, et une lucidité sans pitié sur les mécanismes d’exploitation du corps et du talent féminins dans l’industrie culturelle. En 2001, Gilles Paquet-Brenner adapte le roman au cinéma avec Marion Cotillard dans le double rôle des jumelles et Stomy Bugsy dans celui de Nico — film qui connaît un succès populaire notable. Les Jolies Choses s’inscrit aujourd’hui comme un jalon essentiel dans une œuvre qui comprend notamment King Kong Théorie (2006), Apocalypse Bébé (prix Renaudot 2010) et la trilogie Vernon Subutex (2015-2017), et dans laquelle la question de la place des femmes dans une société violente et marchande ne cesse de se reformuler sous des formes nouvelles.
Les Jolies Choses (Pretty Things) is the third novel by Virginie Despentes, born Virginie Daget in Nancy on June 13th, 1969, published in 1998 by Grasset and later reissued in paperback by Le Livre de Poche. Following Baise-moi (1994) and Les Chiennes savantes (1995), this novel marks a decisive step in her trajectory: more formally constructed than her two previous books, Les Jolies Choses plants her writing firmly in the world of the Parisian music industry to deliver a ferocious portrait of the star system, mandatory femininity, and the cost of ambition. Awarded the Prix de Flore 1998 and the Prix Saint-Valentin 1999, Les Jolies Choses established Despentes as one of the most singular voices in contemporary French literature.
Pauline and Claudine are twins, but everything separates them. Claudine is an ambitious pin-up, ready to compromise in every direction to break into music — to seduce, to lie, to comply with industry demands. Pauline is rebellious, withdrawn, gifted: she writes and sings, but refuses the codes of the milieu. Unable to sing herself, Claudine persuades her sister to secretly be her voice, glimpsing a celebrity that seems within reach. Then Claudine takes her own life. Devastated, Pauline decides to assume her sister's identity — to become Claudine, to take her place in the world of appearances she despised. The novel follows this identity theft and the slow disintegration of Pauline in a world where the female body is a commodity, authenticity an obstacle, and the violence of human relations plays out under the cover of seduction and business.
Despentes explained the origin of the title in King Kong Théorie (2006): a critic of Baise-moi had quoted Jean Renoir saying that films should be made by pretty women showing pretty things — a formula she turned back ironically as a title. Les Jolies Choses was written against a dense biographical backdrop: Despentes experienced an adolescence marked by psychiatric hospitalisation at fifteen, then moved through punk circles, alcoholism, and occasional prostitution, before finding in writing a space to process that experience. Her friendship with Ann Scott, with whom she briefly shared an apartment at the same period, nurtured a shared sensibility around female underground milieus. Stylistically, the novel Les Jolies Choses embraces a prose at the limits of orality — short sentences, slang, rap rhythm — making language itself a political act, a rupture with bourgeois French literary tradition that Les Inrockuptibles, comparing Despentes to Irvine Welsh, acknowledged from the very first reviews.
Les Jolies Choses received the Prix de Flore 1998 and the Prix Saint-Valentin 1999, consolidating Despentes's reputation beyond the readership of Baise-moi. The press unanimously praised a prose charged with rage — in Marie-Laure Delorme's formulation in Le Journal du dimanche — and a merciless lucidity about the mechanisms of exploitation of women's bodies and talent in the cultural industry. In 2001, Gilles Paquet-Brenner adapted the novel for the screen with Marion Cotillard in the dual role of the twins and Stomy Bugsy as Nico — a film that achieved notable popular success. Les Jolies Choses now stands as an essential marker in a body of work that includes King Kong Théorie (2006), Apocalypse Bébé (Prix Renaudot 2010), and the Vernon Subutex trilogy (2015-2017), throughout which the question of women's place in a violent and mercantile society is continually reformulated in new forms.
