Résumé

Enquête documentaire de Vincent Coquaz et Ismaël Halissat, « La nouvelle guerre des étoiles » retrace l’extension des systèmes de notation, depuis les premiers classements des collèges jésuites jusqu’aux plateformes contemporaines telles qu’Amazon, TripAdvisor ou Uber . L’ouvrage, ancré dans le contexte socio-économique actuel, décrit un univers réel où l’attribution d’étoiles conditionne la réputation, la relation commerciale et parfois même l’emploi. « La nouvelle guerre des étoiles » examine l’évolution des questionnaires de satisfaction, les effets pervers des algorithmes de recommandation et l’apparition de notes invisibles influençant consommateurs et travailleurs.

Cette enquête sur la nouvelle guerre des étoiles met en lumière les dérives potentielles d’un modèle présenté comme transparent, mais qui instaure pression, surveillance diffuse et inégalités structurelles. À travers ce prisme, La nouvelle guerre des étoiles interroge la place grandissante de la mesure et du classement dans les services publics, l’économie numérique et les interactions quotidiennes.

Fiche d’édition

  • Titre : La nouvelle guerre des étoiles : Enquête : nous sommes tous notés
  • Auteur(s) : Vincent Coquaz et Ismaël Halissat
  • Genre : essai / enquête journalistique
  • Maison d’édition : Kero
  • Nombre de pages : 234 pages
  • Date de première parution : 26 août 2020
  • Pays d’origine : France
  • Langue originale : Français

Auteurs

  • Vincent Coquaz : journaliste à la rubrique CheckNews de Libération et formateur en école de journalisme. Il a précédemment travaillé pour Arrêt sur Images. Il apporte une perspective sur les plateformes numériques, les avis clients et les mécanismes de notation.
  • Ismaël Halissat : journaliste au service police/justice de Libération. Il a enquêté récemment sur les armes du maintien de l’ordre et sur plusieurs faits de violences policières. Il traite les aspects sociaux et institutionnels des systèmes d’évaluation, notamment via leur impact sur le travail et les services publics

Autour du livre

La nouvelle guerre des étoiles s’inscrit dans une tradition d’enquêtes contemporaines portant sur l’impact du numérique sur la société. Les auteurs, Vincent Coquaz et Ismaël Halissat, examinent de façon documentée comment les systèmes de notation — avis en ligne, étoiles, scores — se sont généralisés : à la consommation, aux services, mais aussi aux services publics, à l’emploi ou à la réputation individuelle.

Parmi les points saillants :

  • l’origine historique de la notation, qui remonte — selon les auteurs — aux classements disciplinaires dans les collèges jésuites, montrant que l’idée d’évaluer n’est pas nouvelle, mais que sa forme contemporaine (score, algorithme, comparatif global) l’est.
  • la généralisation actuelle du « rating social » : marché, travail, services publics et même parfois, via des expérimentations, citoyenneté — ce qui interroge les enjeux de pouvoir, de conformité sociale et de justice.
  • l’impact concret sur les travailleurs : les auteurs décrivent comment un mauvais score peut mettre un service, un emploi ou une réputation en péril ; cela crée une pression permanente, voire un stress, et instaure un rapport de force asymétrique entre évaluateurs et évalués.
  • la question de la transparence et de l’éthique : certaines notes sont invisibles, les critères d’évaluation souvent opaques, ce qui pose des difficultés pour le suivi, le contrôle ou le recours.

L’accueil critique a salué la capacité de l’enquête sur la nouvelle guerre des étoiles à décrypter un phénomène discret mais omniprésent. Une revue a souligné que l’ouvrage dévoile comment « l’univers impitoyable de la notation » s’est imposé non seulement dans le privé mais aussi dans les services publics.

Pour vous mettre dans le bain, voici le prologue de la nouvelle guerre des étoiles :

« On sonne à la porte. Un livreur Darty essoufflé vient de monter seul une machine à laver sur trois étages. Il est en retard, mais de peu. L’installation se déroule sans encombre. Au moment de la signature du bon de réception, il sort, un peu gêné, une tablette de son sac.
« Il faut noter le service Darty. Pouvez-vous me mettre une bonne note ? » tente-t-il. Pas de problème, tout s’est bien passé.
« Si je vous mets 8 sur 10, c’est bon pour vous ?
— Au-dessous de 9, c’est une mauvaise note.
— Ah ! Et c’est le service qu’on note ou c’est vous ?
— Le service ! Mais au-dessous de 9, je perds ma prime… »

C’est de cette scène vécue, et a priori anodine, que l’idée de cette enquête (sur la nouvelle guerre des étoiles) est née. Avec un pressentiment, qui s’est confirmé de jour en jour : l’extension sans limites de la notation. Les notes ont déjà envahi des pans entiers de notre quotidien. Combien de fois avez-vous rencontré des étoiles cette semaine ? Pensez à la note que vous avez dû attribuer à votre garage Citroën lors du dernier contrôle technique. À celle que vous avez donnée à un chauffeur Uber en rentrant de soirée. À vos derniers achats sur Amazon. À votre ophtalmo sur Google.

Les scores sont partout et font désormais partie du décor.

Nous ne sommes pas encore arrivés à rattraper la série d’anticipation de Netflix, Black Mirror, et son génial épisode « Chute libre » où une jeune femme voit sa note passer de 4,2 à 2,8 à la suite d’une série de malchances qui lui fait perdre son statut social et la conduit en prison. Il y a peu de risques que la notation s’empare de notre vie par le biais d’un seul et unique réseau social, comme c’est le cas dans cette fiction. Les tentatives, à ce niveau-là, sont pour l’instant restées sans lendemain, ou peinent à fédérer des communautés suffisantes. »