Jace
Jace

JACE est un artiste de street art français né en 1973 au Havre, installé à La Réunion depuis l’âge de 9 ans, où il vit et travaille. Pionnier du graffiti réunionnais dès la fin des années 1980, il s’est imposé sur la scène internationale de l’art urbain grâce à la création, en 1992, d’un personnage devenu iconique : le Gouzou, petit bonhomme jaune-orange sans visage, sans genre et sans mains, conçu pour que chacun puisse s’y projeter.

Spécialisé dans le détournement d’affiches publicitaires et les interventions murales à l’aérosol, JACE dissèmine ses Gouzous depuis plus de trente ans sur les murs de plus de trente pays, de La Réunion à New York, de Marrakech à Tokyo. Son univers mêle humour, critique sociale et poésie, ancré dans la culture métissée et l’identité insulaire de l’océan Indien.

Parcours et identité artistique

JACE naît en 1973 au Havre et rejoint La Réunion à l’âge de 9 ans avec sa famille, s’installant dans le quartier de la Ravine des Cabris, à Saint-Denis. C’est en 1984 qu’il découvre le graffiti via l’émission Hip Hop diffusée sur TF1, premier vecteur de la culture hip-hop en France. La révélation se confirme au lycée, lorsque son professeur d’arts plastiques lui remet le livre Subway Art de Martha Cooper et Henry Chalfant, référence absolue de la scène graffiti new-yorkaise. Il commence à graffer en 1989 et fait partie des pionniers du mouvement à La Réunion, à une époque où la pratique y est encore quasi inexistante.

Comme beaucoup de graffeurs de sa génération, il débute par des tags et des lettrages, explorant un style éclectique avant de trouver sa voie propre. Après trois ans de pratique intensive sur les murs de l’île, il invente en 1992 un personnage au dessin volontairement simplifié : le Gouzou. Ce petit bonhomme sans visage, sans genre, sans mains ni pieds, jaune-orange, est conçu pour être universel — ni blanc ni noir, ni homme ni femme, métissé par définition. Son nom vient d’un ami de Jace qui utilisait le mot créole pour désigner « les gens ».

De 1993 à 1996, JACE s’installe en métropole, principalement au Havre, où il continue à peindre et participe à l’exposition collective Biograffiti en 1996. Il revient ensuite s’établir définitivement à La Réunion, dont il fait sa base permanente tout en multipliant les voyages et interventions à l’international. Depuis lors, le Gouzou fonctionne à la fois comme alter ego de l’artiste et comme outil de commentaire social — mélancolique, facétieux, engagé ou romantique selon les contextes — reflétant la culture plurielle et le regard décalé que JACE pose sur le monde.

Style, techniques et univers visuel

Le style de JACE repose sur une économie de moyens radicale. Le Gouzou — silhouette ronde, jaune-orange, sans visage, sans mains ni pieds — est graphiquement proche du cartoon et immédiatement lisible à n’importe quelle échelle, du petit sticker collé sur une boîte aux lettres à la fresque monumentale couvrant plusieurs étages de façade. Cette simplicité formelle est assumée et constitutive : l’absence de traits identitaires est précisément ce qui rend le personnage universel et projectable pour chaque spectateur.

La technique principale de JACE est l’aérosol, utilisé aussi bien pour les interventions rapides en solo — souvent la nuit, sur des murs abandonnés ou des supports récupérés dans l’espace urbain — que pour les grandes fresques réalisées en commande. Il pratique également le collage et la peinture sur supports insolites : voiles de bateaux, carton, vieilles cartes géographiques, sacs postaux, planches de bois, tôle laquée. Ce goût pour les matériaux de récupération renforce la dimension contextuelle et poétique de chaque intervention.

L’une des spécialités les plus caractéristiques de JACE est le détournement d’affiches publicitaires : le Gouzou s’insère dans les visuels existants — une publicité, une affiche officielle, un panneau urbain — pour en subvertir le message avec humour et dérision. Ce procédé place son travail dans la tradition du détournement situationniste tout en conservant une lisibilité immédiate et populaire.

Les thématiques varient selon les contextes d’intervention — critique de la société de consommation, humour sur l’actualité locale réunionnaise, commentaires politiques, évocations de l’amour ou de la solitude — mais toujours filtrées par le prisme du Gouzou, dont l’expressivité tient entièrement à la posture corporelle, à la situation mise en scène et au rapport à l’environnement immédiat.

Projets, expositions et ancrage urbain

Depuis ses premières interventions à Saint-Denis en 1992, JACE a disséminé ses Gouzous sur les murs de plus de trente pays, sur quatre continents. Ses fresques sont documentées dans des villes aussi diverses que New York, Londres, Paris, Madrid, Tokyo, Hanoï, Moscou, São Paulo, Marrakech ou Madagascar. L’artiste intervient le plus souvent seul, de nuit, sur des supports abandonnés ou des affiches publicitaires, mais répond aussi à des commandes institutionnelles et des invitations de festivals. À La Réunion, les Gouzous sont devenus de véritables ambassadeurs culturels de l’île à l’échelle internationale.

En 2009, JACE participe à l’exposition collective T.A.G au Grand Palais à Paris. En 2011, il réalise une série de peintures sur voiles de bateaux à Madagascar, projet reconduit en 2013-2014 avec d’autres artistes réunionnais et internationaux, dont est tiré le documentaire Du graffiti dans les voiles de Sami Chalak. En 2013, il est invité par le Wooster Collective pour une intervention sur un bâtiment de New York, et participe à l’exposition White Noise / Pictoplasma à Madrid. En 2014, il intervient au Jardin Rouge de Marrakech (Behind the Red Wall) et au festival In Situ à Aubervilliers.

En 2015, la Ville de Paris lui confie une intervention sur le Pont des Arts, où ses Gouzous remplacent temporairement les célèbres cadenas d’amour retirés pour des raisons de sécurité. En 2017, il intervient à la Biennale d’art contemporain de Venise. En 2022, la galerie Mathgoth lui consacre l’exposition anniversaire Planète Gouzou (depuis 1992) pour les 30 ans du personnage. En 2026, une nouvelle exposition solo, Cœur Sensible, est présentée dans un espace temporaire de 300 m² dans le 13e arrondissement de Paris (30 mai – 4 juillet).

La galerie Mathgoth (Paris 13e) est le partenaire parisien historique de JACE, avec au moins neuf collaborations documentées. À La Réunion, il a fondé la galerie Very Yes, espace de 120 m² aménagé dans des conteneurs à l’arrière de son atelier, l' »Usine à Gouzou », dédié à des résidences d’artistes internationaux rencontrés au fil de ses voyages. JACE a également remporté un procès contre une marque de vêtements chinoise ayant utilisé le graphisme du Gouzou sans autorisation, faisant reconnaître juridiquement sa paternité sur le personnage.

FAQ

  • Où voir les œuvres de JACE en France et à La Réunion ? À La Réunion, les Gouzous de JACE sont visibles sur de nombreux murs de Saint-Denis et dans toute l’île depuis 1992. À Paris, la galerie Mathgoth (13e arrondissement) expose régulièrement ses œuvres. Des interventions murales sont également documentées dans plusieurs villes de métropole, notamment au Havre. La localisation précise des fresques étant susceptible d’évoluer, des outils comme Street Art Cities permettent de vérifier leur état actuel.
  • Le Gouzou intervient-il légalement ou illégalement dans l’espace public ? La pratique de JACE mêle les deux registres. Ses débuts relèvent du graffiti non autorisé, et il continue d’intervenir de manière spontanée sur des murs abandonnés ou des affiches publicitaires. Mais une part croissante de son travail s’inscrit dans un cadre légal : commandes institutionnelles, festivals, résidences et invitations de galeries. L’intervention sur le Pont des Arts en 2015 est ainsi une commande officielle de la Ville de Paris.
  • Quelles sont les grandes thématiques du street art de JACE ? Le travail de JACE s’articule autour de la critique de la société de consommation, du commentaire de l’actualité locale et mondiale, et d’une réflexion sur l’identité et le métissage — portées par le Gouzou, personnage volontairement universel et sans attributs identitaires. L’humour et la dérision sont les outils constants de cet engagement, qui puise dans la culture plurielle réunionnaise autant que dans les traditions du graffiti international.