Watchmen est un roman graphique britannique scénarisé par Alan Moore, dessiné par Dave Gibbons et colorisé par John Higgins, publié en douze épisodes mensuels par DC Comics de septembre 1986 à octobre 1987, puis collecté en intégrale la même année. La première édition française intégrale paraît en 1992 aux éditions Zenda. Comics d’une densité narrative et visuelle sans précédent dans l’histoire du médium, Watchmen se déroule dans une Amérique alternative de 1985 — où Nixon est toujours président, où les États-Unis ont gagné la guerre du Vietnam grâce à l’existence réelle de super-héros — et déconstruit méthodiquement l’archétype du justicier masqué pour en révéler les fondements moraux, politiques et psychologiques.
New York, 1985. Le Comédien, ancien membre de la brigade de super-héros les Watchmen, est retrouvé mort, défenestré de son appartement. Rorschach — détective masqué paranoïaque et dernier vigilante encore actif depuis l’interdiction légale des super-héros en 1977 — soupçonne un complot visant à éliminer les anciens membres de la brigade. Son enquête réunit peu à peu les survivants : le Hibou II, reconverti dans une vie ordinaire ; la Spectre soyeuse II, fille de la première Spectre ; Dr. Manhattan, l’unique être humain doté de véritables pouvoirs surhumains, devenu instrument de la politique étrangère américaine ; et Ozymandias, l’homme le plus intelligent du monde, retiré dans l’empire commercial qu’il a bâti. En toile de fond, la tension nucléaire entre États-Unis et URSS pousse l’horloge de l’Apocalypse vers minuit. Moore tisse ces fils en une structure narrative complexe, non linéaire, truffée de récits enchâssés, de faux documents et d’un comic dans le comic — Le Vaisseau noir — lu par un enfant en marge de l’action principale.
Moore et Gibbons conçoivent Watchmen initialement à partir de personnages rachetés par DC à Charlton Comics — Captain Atom, Blue Beetle, Question, etc. — avant que l’éditeur, souhaitant intégrer ces personnages à son univers principal, ne leur demande de créer un cast original. C’est Dave Gibbons qui contacte Moore pour ce projet ; John Higgins les rejoint comme coloriste. Moore développe un scénario-fleuve d’une précision quasi encyclopédique, basé sur une grille de neuf cases systématiquement respectée par Gibbons — contrainte formelle qui permet des jeux de symétrie, de correspondance et de montage parallèle sans équivalent dans le médium. Gibbons intègre au dessin une densité symbolique constante : le smiley taché de sang, l’horloge, les résonances visuelles entre cases éloignées. Moore a systématiquement insisté sur la co-auctorialité de l’œuvre, refusant de la réduire à son seul scénario. Le contrat signé avec DC prévoyait un retour des droits aux auteurs si l’œuvre cessait d’être imprimée — clause que DC a rendue caduque en maintenant Watchmen en impression continue depuis lors, litige qui a durablement opposé Moore à l’éditeur.
La réception de Watchmen est immédiate et sans précédent dans l’histoire du comics : la série remporte trois Eisner Awards et le Hugo Award de la meilleure présentation dramatique en 1988 — seul roman graphique à avoir reçu cette distinction littéraire. En 2005, il est la seule bande dessinée à figurer sur la liste des cent meilleurs romans en anglais établie par le magazine Time. L’œuvre est considérée, avec The Dark Knight Returns de Frank Miller paru la même année, comme le texte fondateur de l’âge moderne du comics adulte. Traduit dans des dizaines de langues, il a généré des adaptations que Moore a publiquement refusées : le film de Zack Snyder (2009), la série HBO (2019, Hugo Award de la meilleure série limitée) et les séries de prequels et sequels publiés par DC (Before Watchmen, Doomsday Clock) — toutes rejetées par leur scénariste originel, qui a demandé que son nom n’y soit pas associé.
Watchmen is a British graphic novel written by Alan Moore, drawn by Dave Gibbons, and coloured by John Higgins, published as a twelve-issue monthly series by DC Comics from September 1986 to October 1987, then collected in a single-volume edition the same year. The first complete French edition appeared in 1992 from éditions Zenda. A work of narrative and visual density unprecedented in the history of the medium, Watchmen is set in an alternate America in 1985 — where Nixon is still president and the United States won the Vietnam War thanks to the real existence of superheroes — and systematically deconstructs the archetype of the masked vigilante to expose its moral, political, and psychological foundations.
New York, 1985. The Comedian, a former member of the Watchmen superhero brigade, is found dead, thrown from his apartment window. Rorschach — a paranoid masked detective and the last vigilante still active since the legal prohibition of superheroes in 1977 — suspects a conspiracy targeting former members of the group. His investigation gradually reunites the survivors: Nite Owl II, living an ordinary civilian life; Silk Spectre II, daughter of the original Silk Spectre; Dr. Manhattan, the only human being with genuine superhuman powers, now used as an instrument of American foreign policy; and Ozymandias, the smartest man in the world, retired to the commercial empire he has built. Against the backdrop of nuclear tension between the United States and the USSR, the Doomsday Clock ticks toward midnight. Moore weaves these threads into a complex, non-linear narrative structure dense with embedded stories, fake documents, and a comic-within-the-comic — The Black Freighter — read by a child on the margins of the main action.
Moore and Gibbons initially conceived Watchmen around characters DC had acquired from Charlton Comics — Captain Atom, Blue Beetle, the Question, and others — before the publisher, wishing to integrate these characters into its main universe, asked them to create an original cast instead. It was Gibbons who approached Moore with the project; Higgins joined as colourist. Moore developed an exhaustively detailed script, built around a systematic nine-panel grid that Gibbons adhered to throughout — a formal constraint that enables symmetries, correspondences, and parallel editing without equivalent in the medium. Gibbons embedded constant symbolic density into the artwork: the blood-stained smiley face, the clock, visual echoes between distant pages and panels. Moore has consistently insisted on the co-authorial nature of the work, refusing to reduce it to his script alone. The contract signed with DC included a rights-reversion clause in the authors’ favour should the work go out of print — a clause DC has rendered void by keeping Watchmen in continuous print ever since, a dispute that has permanently soured Moore’s relationship with the publisher.
The reception of Watchmen was immediate and without precedent in comics history: the series won three Eisner Awards and the Hugo Award for Best Dramatic Presentation in 1988 — the only graphic novel ever to receive this literary distinction. In 2005, it became the only comic to appear on Time magazine’s list of the hundred best English-language novels. The work is regarded, alongside Frank Miller’s The Dark Knight Returns published the same year, as the founding text of the modern era of adult comics. Translated into dozens of languages, it has generated adaptations that Moore has publicly refused to endorse: Zack Snyder’s film (2009), the HBO television series (2019, Hugo Award for Best Limited Series), and the prequel and sequel series published by DC (Before Watchmen, Doomsday Clock) — all rejected by their original writer, who has asked that his name not be associated with any of them.


