M. Chat est le nom de scène de Thoma Vuille, artiste franco-suisse né le 16 juillet 1977 à Boudry, dans le canton de Neuchâtel. Formé à l’Institut d’arts visuels d’Orléans de 1995 à 2001, il ancre sa pratique dans le graffiti et la peinture acrylique urbaine dès l’adolescence. Il est l’auteur de l’un des personnages les plus reconnaissables du street art mondial : un chat jaune-orangé au large sourire, aux yeux cernés de noir, apparu pour la première fois sur les murs et les toits d’Orléans en 1997 et depuis décliné sur les façades de Paris, New York, Tokyo, Séoul, Dakar et des dizaines d’autres villes.
Là où le street art joue souvent la provocation ou la critique frontale, M. Chat propose une présence bienveillante et énigmatique — un sourire planté dans le paysage urbain qui interroge autant qu’il rassure. Figure incontournable de l’art urbain français, Thoma Vuille navigue depuis vingt-cinq ans entre interventions sauvages, procès pour vandalisme et reconnaissance institutionnelle.
Parcours et identité artistique
Thoma Vuille grandit à Neuchâtel et commence à peindre à quinze ans, en mémoire de son grand-père peintre en bâtiment. À la fin des années 1980, il tague déjà son blaze TOMA sur les murs d’Orléans, ville où il s’installe pour suivre une formation en génie civil avant d’intégrer l’Institut d’arts visuels en 1995 — qu’il quitte diplômé en 2001.
C’est en 1997, lors d’un atelier participatif dans une école primaire orléanaise, qu’une petite fille réalise un dessin de chat qui déclenche chez lui une intuition graphique décisive. Il commence dès lors à peindre le personnage sur les murs et les toits de la ville — d’abord en plusieurs couleurs, avant que le jaune-orangé ne s’impose comme teinte définitive. Le chat gagne progressivement en cohérence formelle : grand sourire, yeux cernés de noir, silhouette ronde et immédiatement reconnaissable.
En 2003, des ailes blanches apparaissent dans le dos du personnage, lui conférant une dimension aérienne et presque angélique. M. CHAT quitte Orléans pour Paris, puis les toits du monde entier. Sa notoriété explose en 2004 lorsque le réalisateur Chris Marker lui consacre le docu-fiction Chats perchés, produit par Arte et projeté au Centre Pompidou, où un M. CHAT géant est peint pour l’occasion.
L’identité de Thoma Vuille reste inconnue du grand public jusqu’au 18 mars 2007, date à laquelle il est pris en flagrant délit par la police municipale d’Orléans. Il écope d’une amende symbolique de 300 euros avec sursis. Loin de freiner sa carrière, cette arrestation amplifie sa notoriété. Deux procès pour vandalisme suivront, en 2014 et 2016. Après 2007, Vuille amorce un glissement progressif vers des collaborations institutionnelles tout en maintenant des interventions spontanées — évolution assumée mais parfois critiquée comme une forme de récupération commerciale du personnage.
Style, techniques et univers visuel
Le style de M. CHAT repose sur une économie graphique radicale. Le personnage se résume à quelques éléments invariants — silhouette ronde, fourrure jaune-orangée, yeux masqués de noir, sourire immense — et c’est précisément cette simplicité qui en fait la force. Reconnaissable au premier coup d’œil, reproductible à toutes les échelles, le chat s’adapte sans perdre son identité, qu’il mesure cinquante centimètres sur un mur de ruelle ou plusieurs étages sur une façade d’immeuble.
Thoma Vuille travaille principalement à la peinture acrylique, appliquée avec des pinceaux, des rouleaux et parfois directement à la main. Il n’utilise pas l’aérosol comme outil central — contrairement à la majorité des graffeurs — ce qui confère à ses traits une netteté et une rondeur caractéristiques, proches de l’illustration et de la signalétique autant que du graffiti traditionnel. Les lignes sont claires, les aplats francs, sans dégradé ni texture complexe.
Les supports privilégiés sont les murs de façade, les cheminées et les toits — M. CHAT apparaît souvent en hauteur, comme s’il surplombait la ville ou s’apprêtait à s’envoler, notamment depuis l’ajout des ailes en 2003. Il investit également les trams, les palissades de chantier et les espaces hospitaliers dans le cadre de commandes institutionnelles.
L’univers visuel du personnage convoque plusieurs références : le Cheshire Cat d’Alice au pays des merveilles pour le sourire énigmatique, la culture des mascottes et des icônes graphiques japonaises pour la lisibilité immédiate, et une tradition française de l’affiche populaire pour la clarté du message. Le chat est parfois représenté avec des drapeaux, des ailes déployées, ou dans une posture de course — autant de variations sur un même motif fondamental d’optimisme et de mouvement.
Projets, expositions et ancrage urbain
Depuis 1997, M. CHAT s’est progressivement répandu sur les murs de dizaines de villes à travers le monde. En France, le personnage est particulièrement présent à Orléans — ville d’origine — ainsi qu’à Paris, Rennes, Nantes et Villeurbanne. À l’international, des œuvres sont documentées à New York (dont deux sur la High Line et dans le quartier de Chelsea), Londres, Genève, Zurich, Hong Kong, Séoul, Tokyo, Dakar et Pristina au Kosovo. En 2010, Vuille recense lui-même une soixantaine de chats à Paris. En 2022, un projet mural à Zurich, ville natale de l’artiste, reçoit une attention internationale notable.
Le film Chats perchés de Chris Marker (Arte, 2004), projeté au Centre Pompidou avec un M. CHAT géant peint sur le parvis pour l’occasion, marque le premier grand ancrage institutionnel du personnage. Après la révélation d’identité de 2007, Vuille collabore avec des collectivités — ville d’Orléans, Conseil régional de Poitou-Charentes — et investit des espaces hospitaliers dans une démarche d’art accessible et bienveillant. En 2023, une exposition solo à la Fondation Suisse à Paris, intitulée Réflexions urbaines, célèbre les 25 ans du personnage avec fresques et installations. La Galerie Brugier-Rigail, dans le 3e arrondissement de Paris, l’expose régulièrement — dont l’exposition M. Chat : Origine(s) Vandale(s) de décembre 2024 à janvier 2025, présentant une vingtaine d’acryliques sur toile.
La monographie A Thoma Vuille, par M. Chat, publiée par Snap Collective Publishing en 2023, retrace l’ensemble du parcours de l’artiste de sa naissance jusqu’en 2019. Le personnage fait l’objet d’une réception critique nuancée : salué pour son universalité et sa capacité à rendre l’art accessible, il est aussi parfois questionné pour la tension entre sa dimension transgressive originelle et son intégration croissante dans les circuits institutionnels et commerciaux — une ambiguïté que Vuille assume publiquement.
FAQ
Où voir les œuvres de M. Chat en France ? Les œuvres de M. CHAT sont visibles dans plusieurs villes françaises, notamment à Orléans, Paris, Rennes, Nantes et Villeurbanne. À Paris, la Galerie Brugier-Rigail dans le 3e arrondissement expose régulièrement Thoma Vuille et organise des expositions solo. Des fresques subsistent sur des façades parisiennes, bien que leur localisation exacte évolue au fil du temps et des rénovations urbaines.
M. Chat intervient-il surtout légalement ou illégalement dans l’espace public ? Les deux. Thoma Vuille a longtemps travaillé dans l’illégalité, ce qui lui a valu deux arrestations et deux procès pour vandalisme, en 2014 et 2016. Depuis la révélation de son identité en 2007, il développe en parallèle des interventions commanditées par des institutions publiques, des villes et des galeries. Cette coexistence entre pratique sauvage et commande institutionnelle est au cœur de son parcours et alimente les débats sur la récupération du street art.
Quelles sont les grandes thématiques abordées par M. Chat dans son street art ? M. CHAT se distingue dans la scène street art par un propos délibérément positif et universel : optimisme, bienveillance, joie de vivre urbaine. Le personnage ne porte pas de message politique explicite ou de critique sociale frontale. Thoma Vuille décrit lui-même M. CHAT comme une fenêtre sur le monde — un sourire en apparence simple derrière lequel se cachent, selon lui, de nombreuses questions sur la ville, le lien social et la place de l’art dans l’espace public.