Un double bill, c’est l’art d’associer deux films en une seule soirée pour créer un dialogue que ni l’un ni l’autre n’aurait pu tenir seul. Ce soir, le programme réunit deux premiers longs métrages signés par des réalisateurs issus de scènes nationales éloignées, unis par une même obsession : des femmes qu’on croit détruire, et qui reviennent. The Furies (2019), de l’Australien Tony D’Aquino, ouvre le bal avec un slasher survival nerveux, ancré dans le bush hostile, où huit femmes kidnappées se retrouvent lâchées en pleine nature face à des tueurs masqués.
Revenge (2017), de la Française Coralie Fargeat, prend le relais dans un désert de canyons pour transformer un rape and revenge en œuvre sensorielle et politique. L’un pose les corps en danger, l’autre leur rend leur puissance. Entre les deux films, la progression est nette : de la traque mécanique à la métamorphose. Pour accompagner tout ça, des nachos maison avec guacamole et salsa épicée — aussi intenses que l’écran.
The Furies (2017)
Kayla est une lycéenne australienne un peu rebelle, épileptique, que ses proches ont tendance à considérer comme un fardeau. Un soir, alors qu’elle traîne en ville avec sa meilleure amie Maddie, les deux jeunes femmes sont enlevées par des inconnus. Kayla se réveille seule, enfermée dans une caisse hermétique abandonnée au milieu du bush australien, étiquetée « Beauty 6 ». En s’extrayant de sa prison, elle découvre qu’elle n’est pas la seule : huit femmes ont été kidnappées et relâchées dans cet environnement sauvage et hostile, livrées à la traque de tueurs masqués aux silhouettes grotesques et aux armes tranchantes. Ce qui ressemble d’abord à un simple jeu de chasse sadique se révèle obéir à une logique plus complexe : chaque proie est assignée à un chasseur spécifique, une règle qui va contraindre Kayla à reconsidérer ses alliances et ses stratégies de survie. Tourné dans les paysages arides de l’Australie avec des effets spéciaux entièrement pratiques, The Furies revendique l’héritage des slashers des années 1970-80 et n’économise pas le gore.
Fiche technique
- Réalisation : Tony D’Aquino
- Scénario : Tony D’Aquino
- Genre : Horreur, thriller, slasher, survival
- Pays d’origine : Australie
- Langue : Anglais
- Durée : 82 minutes
- Date de sortie : 3 septembre 2019 (France, DVD — Factoris Films) ; 3 mars 2020 (VOD France)
- Acteurs principaux : Airlie Dodds (Kayla), Ebony Vagulans (Maddie), Linda Ngo (Rose)
Revenge (2018)
Jennifer est une jeune Américaine séduisante qui accompagne Richard, son amant riche et marié, dans sa villa isolée au cœur d’un désert de canyons. L’arrivée impromptue de deux amis de Richard, Stan et Dimitri, vient perturber leur séjour. Le lendemain d’une soirée alcoolisée, Stan viole Jennifer tandis que Dimitri choisit délibérément de ne pas intervenir. Quand Jennifer exige de partir, Richard — craignant que sa liaison soit révélée — la pousse du haut d’une falaise et la laisse pour morte, empalée sur un arbre dans le canyon. Mais Jennifer survit. Elle se soigne, récupère une arme et se lance dans une traque méthodique et implacable de ses trois agresseurs à travers un désert transformé en terrain de combat. Coralie Fargeat filme cette résurrection avec une esthétique hyper-saturée et sensorielle, retournant systématiquement les codes du regard masculin : le corps de Jennifer, d’abord objectifié, devient progressivement le siège d’une puissance reconquise. Tourné principalement au Maroc, Revenge s’inscrit dans le sous-genre du rape and revenge tout en le subvertissant de l’intérieur.
Fiche technique
- Réalisation : Coralie Fargeat
- Scénario : Coralie Fargeat
- Genre : Action, horreur, thriller, rape and revenge
- Pays d’origine : France
- Langue : Anglais / français
- Durée : 108 minutes
- Date de sortie : 7 février 2018 (France — Rezo Films)
- Acteurs principaux : Matilda Lutz (Jennifer), Kevin Janssens (Richard), Vincent Colombe (Stan)
Keet Shen
Les nachos s’imposent dès le lancement de The Furies : on dispose les chips dans un grand saladier au centre de la table, avec deux bols séparés — le guacamole frais, dense et citronné, et la salsa épicée, plus liquide, à doser selon les affinités. On picore à la main, sans cérémonie, en suivant la course de Kayla dans le bush. La texture croquante des chips accompagne bien les séquences d’action sèches et nerveux du premier film.
À l’interlude entre les deux films, c’est le moment de recharger le saladier si besoin et de préparer éventuellement un deuxième bol de guacamole — le premier n’aura probablement pas survécu. Le passage à Revenge marque une montée en régime : la salsa épicée prend alors tout son sens, ses notes relevées entrant en résonance avec la tension croissante du désert de Coralie Fargeat. Rien de sophistiqué, rien à couper ni à assembler — juste les mains libres, les yeux sur l’écran, et le piment qui monte au même rythme que la vengeance de Jennifer.
FAQ
- Qu’est-ce qu’un double bill ? Un double bill consiste à programmer deux films en une seule soirée de façon à créer entre eux un dialogue thématique ou émotionnel. L’ordre de visionnage fait partie de la proposition : il détermine une progression, une montée en intensité ou un contrepoint entre les deux œuvres.
- Où voir The Furies et Revenge en streaming ? The Furies est disponible sur Shudder à l’international ; sa disponibilité sur les plateformes françaises est à vérifier sur JustWatch. Revenge a également été distribué via Shudder et Rezo Films ; pour les offres françaises actuelles, consulter JustWatch pour une information à jour.
- The Furies et Revenge sont-ils adaptés aux enfants ? Non. The Furies est un slasher gore explicite, déconseillé aux moins de 16 ans. Revenge est interdit aux moins de 12 ans avec avertissement en salle en France et déconseillé aux moins de 16 ans à la télévision : il contient une scène de viol et des séquences de violence intense. Ce double bill s’adresse à un public adulte averti.
- Faut-il avoir vu d’autres films pour apprécier ce double bill ?
- Non. The Furies et Revenge sont deux œuvres autonomes qui ne s’inscrivent dans aucune saga. Une familiarité avec les codes du slasher ou du cinéma de genre peut enrichir la lecture, mais elle n’est pas nécessaire pour suivre et apprécier pleinement les deux films.