Sorti aux États-Unis le 20 mars 1992 et en France le 8 mai de la même année, Basic Instinct est un thriller érotique franco-américano-britannique réalisé par Paul Verhoeven et écrit par Joe Eszterhas, produit par Carolco Pictures et Le Studio Canal+ pour TriStar Pictures avec un budget de 49 millions de dollars. Quatrième film de Verhoeven à Hollywood après RoboCop, Total Recall et La Chair et le sang, il représente la rencontre explosive de deux provocateurs professionnels — le cinéaste néerlandais et le scénariste d’origine hongroise — autour d’un matériau que l’Amérique hollywoodienne a failli refuser. Film d’ouverture du Festival de Cannes 1992, qui célèbre ses 45 ans, il consacre Sharon Stone comme l’une des grandes stars du cinéma mondial et impose son nom dans l’histoire du thriller comme un événement culturel autant que cinématographique.
L’inspecteur Nick Curran, détective à la police de San Francisco rongé par ses propres démons — alcool, drogues, réputation d’avoir tué accidentellement deux civils —, est chargé d’enquêter sur le meurtre de Johnny Boz, ex-star du rock frappé de 31 coups de pic à glace par une inconnue nue, dans son propre lit. La piste mène à Catherine Tramell, romancière sulfureuse à la sexualité débridée dont le dernier roman décrivait exactement ce meurtre. Bisexuelle, manipulatrice, brillante, Catherine est le suspect idéal — et le piège parfait. Nick, attirée par elle malgré tout, entame une relation à la fois charnelle et dangereuse, au point de perdre ses repères sur la culpabilité de chacun. Le film construit son ambiguïté sur une question jamais résolue : Catherine Tramell est-elle une meurtrière qui utilise ses romans comme alibis ou une romancière innocente que les apparences condamnent ?
En 1990, Joe Eszterhas réalise la vente de scénario la plus chère de l’histoire à ce moment : Carolco Pictures rachète le script de Basic Instinct pour 3 millions de dollars. Verhoeven, convaincu par le matériau, monte à bord. Mais le tournage à San Francisco est immédiatement perturbé par des manifestations violentes des associations LGBT, qui dénoncent la représentation d’une femme bisexuelle comme meurtrière sociopathe et l’esthétisation de la violence. La police de San Francisco déploie des unités anti-émeutes sur plusieurs lieux de tournage. Sous cette pression, Joe Eszterhas propose à Verhoeven de réécrire certains éléments — notamment de transformer Nick Curran en policière lesbienne — ce que le réalisateur refuse catégoriquement. La fameuse scène de l’interrogatoire, dans laquelle Catherine décroise les jambes sans sous-vêtements, ne figure pas dans le scénario original d’Eszterhas : elle est ajoutée pendant le tournage à l’initiative de Verhoeven. Stone a ultérieurement affirmé qu’elle n’avait pas eu connaissance de ce que la caméra allait capter. La photographie est assurée par Jan de Bont — collaborateur de Verhoeven depuis les Pays-Bas — et la musique composée par Jerry Goldsmith, qui la qualifiera d’une de ses partitions les plus difficiles et les plus réussies.
Film d’ouverture de Cannes 1992, Basic Instinct révèle Sharon Stone au monde entier et lui vaut une reconnaissance internationale immédiate. Malgré des critiques mitigées — la presse salue les performances, la partition et le montage mais pointe la faiblesse du développement narratif —, le film est un triomphe commercial : 353 millions de dollars de recettes mondiales pour 49 millions de budget, quatrième film le plus rentable de l’année 1992, et record historique en Espagne. Il reçoit deux nominations aux Oscars (meilleure musique originale et meilleur montage) sans en remporter. Considéré comme l’archétype du thriller érotique des années 1990 — un sous-genre qu’il à la fois définit et épuise —, le film est régulièrement cité comme un hommage déclaré à Sueurs froides de Hitchcock, dont il reprend la trame, les dispositifs visuels et la mise en abyme du désir masculin face à la femme blonde fatale.
Released in the United States on March 20, 1992 and in France on May 8 of the same year, Basic Instinct is a French-American-British erotic thriller directed by Paul Verhoeven and written by Joe Eszterhas, produced by Carolco Pictures and Le Studio Canal+ for TriStar Pictures with a $49 million budget. Verhoeven’s fourth Hollywood film after RoboCop, Total Recall, and Flesh and Blood, it represents the explosive encounter of two professional provocateurs — the Dutch filmmaker and the Hungarian-born screenwriter — around material that American Hollywood nearly refused. The opening film of the 1992 Cannes Film Festival, marking its 45th anniversary, it established Sharon Stone as one of the world’s major film stars and inscribed its name in thriller history as much a cultural event as a cinematic one.
Inspector Nick Curran, a San Francisco detective haunted by his own demons — alcohol, drugs, a reputation for accidentally killing two civilians — is tasked with investigating the murder of Johnny Boz, a former rock star stabbed 31 times with an ice pick by an unidentified naked woman in his own bed. The trail leads to Catherine Tramell, a provocative novelist with an uninhibited sexuality whose latest book described this exact murder. Bisexual, manipulative, brilliant, Catherine is the perfect suspect — and the perfect trap. Nick, drawn to her despite everything, enters a simultaneously carnal and dangerous relationship with her, losing his bearings on the guilt of each. The film builds its ambiguity around a question never resolved: is Catherine Tramell a murderer who uses her novels as alibis, or an innocent writer condemned by appearances?
In 1990, Joe Eszterhas completed what was then the most expensive screenplay sale in history: Carolco Pictures purchased the Basic Instinct script for $3 million. Verhoeven, convinced by the material, came on board. But the San Francisco shoot was immediately disrupted by violent demonstrations from LGBT organizations, who denounced the portrayal of a bisexual woman as a sociopathic killer and the aestheticization of violence. The San Francisco Police Department deployed riot units at several filming locations. Under this pressure, Eszterhas proposed to Verhoeven rewriting certain elements — including transforming Nick Curran into a lesbian policewoman — which the director categorically refused. The famous interrogation scene, in which Catherine uncrosses her legs without underwear, does not appear in Eszterhas’s original screenplay: it was added during filming at Verhoeven’s initiative. Stone later alleged she was unaware of what the camera would capture. Cinematography was handled by Jan de Bont — Verhoeven’s collaborator since the Netherlands — and the score composed by Jerry Goldsmith, who would describe it as one of his most difficult and most accomplished works.
The opening film of Cannes 1992, Basic Instinct revealed Sharon Stone to the world and brought her immediate international recognition. Despite mixed reviews — the press praised the performances, score, and editing while faulting the screenplay’s character development — the film was a commercial triumph: $353 million worldwide against a $49 million budget, the fourth highest-grossing film of 1992, and a historical record in Spain. It received two Oscar nominations (Best Original Score and Best Film Editing) without winning either. Regarded as the archetype of the 1990s erotic thriller — a subgenre it simultaneously defined and exhausted — the film is regularly cited as a declared homage to Hitchcock’s Vertigo, whose premise, visual devices, and mise en abyme of male desire facing the blonde femme fatale it systematically reprises.

